Habitants de Colombes

Publié le par Fabrice Guillet

Aujourd'hui, je voulais rendre hommage à un certain nombre de Colombiens. Je ne cite personne, j'en connais et je vais même me faire engueuler de les mettre en avant ainsi…
Je parle de ces familles qui ont vécu dans les conditions indignes du bidonville de Nanterre dans les années 60 et 70, puis qui sont passées dans les cités de de transit, entre autres, celle des Côtes d'Auty, qui a fini par brûler au début des années 80, mettant enfin un terme au provisoire de cette cité.
Un certain nombre de personnes ayant vécu dans cette cité habite encore dans Colombes. Quelle que soit leur origine, ils sont bien plus Colombiens que tous ces arrivants récents dont je fais partie (un peu plus de 3 ans seulement).

Je vous conseille des photos remarquables du bidonville de Nanterre sur le site du photographe Jean  Pottier.
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Publié dans colomblog

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P
Bonjour,<br /> J'ai bien connu le bidonville de COLOMBES, puisque j'y ai vécu de 1958 à 1968, avec ma mère Angèle (originaire de Normandie) et mon beau-père Ammar (originaire de Kabylie), et mes deux frères et ma soeur. Nous habitions au 211 rue Colbert, dans un logement fait de brics et de brocs, avec un toit de tôle recouvert de goudron pour empêcher l'eau de pluie de pénétrer. Ce qui n'empêchait rien, puisqu'à chaque fois qu'il pleuvait, il fallait mettre cinq ou six récipients par terre pour récupérer l'eau qui gouttait. Pour se laver au quotidien, il fallait aller chercher l'eau froide au robinet, dehors, été comme hiver, avec une bassine, puis la faire chauffer sur le fourneau. Quand au bain, c'était une fois par semaine, avec la même corvée de bassine, pour remplir une lessiveuse qui servait au bain de toute la famille. Les WC, c'était dehors, des "chiottes" à la turque, un trou creusé dans le sol avec des planches de bois par-dessus. Pour limiter les odeurs, il fallait régulièrement y verser du "grésil", un produit chimique qui puait atrocement. Dans ma cour, nous étions cinq familles: Monsieur Emile, dit "Mimile", un brave gros monsieur qui vivait seul, Madame Armande et son compagnon, un polonais qui buvait comme un trou, Monsieur Henri, un clochard de l'hospice de Nanterre, qui buvait encore plus que le polonais, ma grand-mère Marie et son compagnon, Monsieur Roger, qui eux aussi buvaient beaucoup trop, et ma famille. Nous avions de la chance, car nous avions un robinet d'eau froide et un WC, tous les deux dans la cour, pour cinq familles. Dans ce petit coin du bidonville, nous étions des priviligiés en quelque sorte. Dans le bidonville, quand il pleuvait, cela devenait un gigantesque marécage de boue. Mais on avait l'électricité, qui fonctionnait en 110 volts. Mes meilleurs souvenirs: quand il y avait une circoncision ou bien au moment des fêtes de l'Aïd, tous les habitants du bidonville partagait ce qu'il y avait, et notamment le couscous, qu'ils soient Algériens, Français ou Polonais. Mes meilleurs copains de l'époque s'appellaient Kader, Mohamed. Ma petite fiançée de l'époque (j'avais entre 7 et 10 ans) s'appellait Fatima. Mes pires souvenirs: quand l'O.A.S. venait en pleine nuit faire des "ratonnades", et que mon père et ma mère éteignaient la lumière et nous serraient contre eux, en tremblant de peur, et nous intimaient à nous les enfants, l'ordre de nous taire, et que j'étais mort de peur en entendant les coups de feu et les hurlements,et que le matin, lorsque je partais à l'école, il y avait plein de sang sur les trottoirs. Et quand ce n'étais pas l'O.A.S., c'était le F.L.N. qui venait régler des comptes. Et quand ce n'était pas l'O.A.S. ou le F.L.N., c'était la Police Parisienne qui faisait des descentes, souvent suivies de ratonnades. C'était tout cela, le bidonville de Cololmbes. Mais pour ceux qui voudraient mieux comprendre comment on vivait dans un bidonville, procurez vous le DVD du film de Christophe RUGGIA, "le Gone du Chaâba", film tiré du roman éponyme d'Azouz BEGAG (en Arabe, Chaâba signifie "bidonville" et un "gone", en patois lyonnais, désigne un enfant. C'est vraiment un très, très beau film. A tel point que lorsque je l'ai vu pour la première fois, il y a un peu plus d'une dizaine d'année, j'en ai pleuré dès les premières images, car je me suis retrouvé brutalement 40 ans en arrière, comme si ce film racontait ma propre histoire. De plus, l'acteur (l'humoriste FELLAG) qui joue le rôle de Bouzid, le père d'Omar (le petit garçon vedette du film), ressemble comme deux gouttes d'eau à mon beau-père Ammar. C'est un film très émouvant et qui décrit avec une très grande justesse de ton, la vie dans un bidonville.<br /> Et puis, en 1968, on nous a relogé au 80 rue des Côtes d'Auty, à la cité Sonacotra, celle qui a brûlée (il y a eu des morts, d'ailleurs) avant d'être rasée. Et malgré tout, cette cité, qui était mal construite (le soir, lorsqu'il faisait nuit et que les voisins de paliers allumaient la lumière chez eux, cette lumière éclairait chez nous, car il y avait des interstices de l'épaisseur de la moitié du petit doigt au niveau des joints des murs), pour nous, cette cité, c'était le luxe absolu...Pensez donc: on avait non seulement l'eau froide dans l'appartement, mais aussi l'eau chaude. Et à la fois dans la cuisine, mais aussi dans la salle de bain. Une vraie salle de bain, avec baignoire (même que certaines familles utilisaient la baignoire pour y mettre le mouton, en attendant les fêtes de l'Aïd), et surtout des WC modernes.....Le grand luxe, quoi.....
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B
bon souvenire mes on ne parle pas des gent du voyage?
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D
Je viens de prendre connaissance du blog de Fabrice. Chapeau! Cette initiative est intéressante et mérite que l'on s'y attarde, ne serait-ce que pour souligner le boulot au quotidien que ça nécessite. De plus, le côté raleur, fouilleur, chercheur, polémiste, candide, naïf, citoyen, engagé (et j'en oublie) mérite le respect. <br /> Bref, je reviens, après une première visite sur le blog sur l'article concernant le bidonville de Nanterre. Concernant Colombes (nous sommes bien sur un site qui parle de la ville de Colombes non?), je rappelle qu'il existait également le bidonville de Colombes, qui était situé grosso modo sur les actuelles rues des côtes d'Auty et Colbert. Je le sais d'autant mieux, que mes beaux-parents, beaux frères et soeurs ainsi que mon épouse y ont vécu jusque vers la fin des années60. Après on leur a proposé un relogement dans la cité de transit qui n'existe plus aujourd'hui, dont une partie a effectivement brulée comme il est dit dans l'article et dont l'autre partie à été détruite au début des année 80 (j'espère que vous appréciez la précision de mes renseignements historiques, mais je peux faire mieux, ce n'est qu'un premier jet!)<br /> Ce bidonville "accueillait" une communauté polonaise ainsi que maghrébine, surtout kabyle et portugaise.<br /> Pour la petite histoire, je me suis rendu au musée d'histoire de Colombes pour savoir s'il existait des documents photo de l'époque et en tout et pour tout, il n'existe que deux (!) photos de ce bidonville.<br /> Si d'autres personnes peuvent apporter des témoignages de cette histoire de Colombes (trop) ignorée, je suis preneur.<br /> Pascal<br />  
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