Le bien public

Publié le par Fabrice Guillet

Un commentaire récemment posté me donne l'occasion de faire une remarque plus générale : l'avantage collectif peut-il se faire au détriment du bien individuel ?
C'est ce qu'avance notre commentateur (dont j'ai oublié de retenir le nom) lorsqu'il s'énerve contre la diffusion de films en plein air à côté de chez lui. Je me mets à sa place (d'autant plus facilement que j'ai souvent connu la même situation dans d'autres lieux), la proximité de spectacles en plein air oblige les riverains à participer d'office auxdits spectacles. Une sono à fond vers minuit, quand on a subi les désagréments des travaux du T2 dans la journée, sans compter une éventuelle journée de boulot, ça peut vite inciter à craquer.
Pour autant, peut-on regretter l'initiative ? Je peux d'autant moins la juger que je ne sais pas si elle a été réussie, si le public est venu nombreux… Mais organiser des séances de cinéma en plein air, que ce soit au stade Charles Péguy ou à l'espace des 4 chemins, dans 2 quartiers habituellement délaissés, j'ai tendance à approuver.
J'ai envie de relier cela à ce qui a dû se produire hier, et qui va se répéter un samedi sur deux pendant toute l'année aux alentours du stade Yves du Manoir. Déjà avant la construction des nouvelles tribunes et l'accession au Top 14, la circulation aux abords du stade et le stationnement posaient problème. Avec 5 ou 8 000 personnes supplémentaires à caser (n'oublions pas l'ancienne stat qui nous apprenait que 70% des spectateurs ne venaient pas de Colombes), on imagine le casse-tête. La municipalité a décidé de fermer la circulation dans le quartier et de faciliter les déplacements dits "doux". Les riverains rentrant de vacances samedi ont dû apprécier de se voir refouler, sous prétexte qu'ils arrivaient une heure avant le début d'un match qui ne leur apporterait que des désagréments (ils ne sont pas obligés d'être supporters). Bien sûr, pour contrebalancer, il y a eu distribution de macarons pour les riverains, afin de leur permettre de rentrer chez eux malgré les barrages… N'empêche, ils vont s'en taper, des emmerdements tout au long de l'année. Tout cela pour le bien public…
Tout à l'heure, rue Colbert, je pensais aussi à ces riverains qui perdent des places de stationnement, fussent-elles illégales, des deux côtés de la chaussée, en raison des travaux qui ont permis l'agrandissement des trottoirs. La circulation sera améliorée, les dangers dûs au manque de visibilité ont diminué, mais quand ils pesteront pour se garer, ils risquent d'oublier tout cela pour ne plus penser qu'à leur petit confort négligé pour satsfaire l'intérêt général.
En cela, je suis bien content de ne pas être élu. Prendre de telles décisions, quitte à subir les foudres de chaque habitant perdu dans son coin, qui s'attache davantage à son cas personnel qu'à la communauté à laquelle il appartient… Et comment décide-t-on de la position du curseur, entre les avantages des uns et les désagréments des autres ? Non, décidément, je préfère ma position d'observateur des décisions des autres, moi qui suis incapable de choisir quoi que ce soit.

Publié dans Vie locale

Commenter cet article

Benoit 09/09/2009 00:13

Fabrice,Tu as le chic pour appuyer où cela fait mal, et cela fait du bien... de se poser la question.C'est vraiment là, je pense, qu'est notre problème (à tous), comment concilier vie privée, espace privé, liberté, etc. avec le bien vivre ensemble, le partage, le respect de la planète, etc.Se poser la question, c'est déjà voir qu'il n'y a pas d'autre choix que l'écoute, la parole et le partage; d'accepter, de ne pas être d'accord, et de ne pas avoir toujours raison, mais quand même dès fois.Benoit

Le président de l'association les petits toits 06/09/2009 19:53

Ha ! Le bien public face à l’intérêt individuel !
 
Nous, les adhérents de l’association « Les Petits toits » nous savons bien ce qu’il en est.
Il est évidemment toujours bien plus facile de dire que l’intérêt général prévaut sur les intérêts particuliers lorsque l’on à rien à y perdre.
Dans notre cas nous vivons depuis bientôt 8 ans en sachant que nos pavillons sont frappés du risque de démolition pour laisser place au réaménagement du boulevard Charles de gaulle. Oui sûrement l’intérêt général prévaut, et il serait stupide d’imaginer que le temps est figé et que rien ne doit évoluer. Par contre il serait injuste de considérer que quelques uns doivent payer les frais de l’intérêt général. Alors heureusement le législateur a tout prévu, et ceux qui devront laisser leurs pavillons en place des nouveaux bâtiments se verront indemnisés à hauteur de l’estimation faite par les « Domaines ». Le problème c’est que ce montant estimé reste souvent bien en deçà de ce que ces pavillons auraient pu être vendus sur le marché de l’offre et de la demande. Alors une indemnisation pour quoi faire ?
Racheter un pavillon sur le marché spéculatif qui lui ne nous fera pas de cadeaux ? Quitter Colombes pour trouver un pavillon du montant de l’indemnisation, mais bien moins situé par rapport à Paris ou nos lieux de travail ?
Oui l’intérêt général prime. Mais le travail des institutions  qui sont chargées de l’organisation de nos vies en société ne doit-il pas être de le faire avec un souci d’équité, de solidarité ?
Si il y a intérêt pour une communauté, cela doit-il être au détriment de quelques uns ?
Si il y a intérêt pour la communauté, ne doit-elle pas se donner les moyens de se l’accorder en respectant les individualités ?

Neil 02/09/2009 19:14

Parfait donc, continuons à répondre sur la forme.

Neil 02/09/2009 18:36

Personnellement, j'étais au stade samedi dernier, pour voir le match Racing Métro / Bayonne.Là où quelques esprits obtus retiendront les désagréments pour la circulation des riverains (désagréments que ces riverains ou ceux de l'avenue de l'Agent Sarre auraient avec le tramway), je noterai pour ma part un Colombes débordant de vie, des drapeaux partout dans les rues, des enfants souriant se rendant au Stade en famille. Le tout dans une atmosphère de fête, de convivialité propre au Rugby.Je ne sais pas si les gens de ce quartier ont été dérangés pour leur retour de vacances (pensez-vous par ailleurs que les gens de la cité des musiciens aient les moyens de partir chaque été ?) mais j'en ai vu une belle proportion regarder le match depuis leurs fenêtres et autres balcons.Bref, et pour terminer ce message, le Rugby est un sport historique de notre ville, un sport qui a animé quelques heures un quartier "mort" le reste de la semaine en amenant joie, fête, convivialité et personnes de tous horizons. Et c'est bien là l'essentiel.Pensez vous que le centre national de handball (sport historique de la ville comme chacun sait...) que la municipalité actuelle souhaite bâtir n'entraînera aucun désagrément pour les riverains ?

Fabrice Guillet 02/09/2009 19:03


Ah, j'ai eu peur, j'ai cru un instant que votre commentaire ne comportait aucun message politicien… Ouf, je suis rassuré !
La réponse aux "pensez-vous" de ce commentaire est simple : non, Neil, je ne pense pas. Sinon, je ne serais pas stalinien (je l'avoue, j'adore cette accusation qui me correspond à peu près aussi
bien que mes métiers de facteur et d'enseignant)…


Olivier Messager 02/09/2009 12:55

La prise de décision, qu'il s'agisse de l'entreprise (notion de risque "mesurable et acceptable" ?) ou du public, est certainement la chose la lus compliquée. C'est bien là que se dessine l'engagement réel d'un élu qui au delà d'une écharpe, doit aussi parfois "trancher", et pas toujours dans le sens de ceux qui l'ont porté aux responsabilités, mais bien dans le sens de l'intérêt commun, de la Cité au sens large.Chacun d'entre nous, simples blogueurs nous exprimant parfois, ou plus engagés comme dans un conseil de quartier, ou encore citoyens engagés parceque militants politiques (ce n'est pas un gros mot) pouvons participer à la réflexion locale (tant que les élus ne se défaussent pas sur les citoyens pour faire leur boulot) et donc à la décision.Je trouve que ça en vaut la peine.Olivier Messager