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Tout à l'heure, j'ai pris mon vélo (note à l'attention des mauvaises langues :  je ne savais pourtant pas si je pourrais l'attacher. Et d'ailleurs… je ne l'ai même pas attaché !) pour aller voir ce qu'il se passait pour les sans-papiers de l'entreprise Passion Traiteur, en grève depuis une quinzaine de jours (on avait évoqué ici le début de la grève et l'info a également circulé dans la presse…).
La scène se passe au bout du boulevard de Valmy, au pied de l'A86. De grandes grilles blanches sont couvertes d'affiches, de drapeaux de la CGT et "Droit devant". Tout est fermé. Je vois une grande tente, puis remarque deux hommes assis sur des chaises en plastique, à l'ombre de grands arbres. Je me décide enfin à essayer de pousser la grille et rentre avec mon vélo. Quand je m'avance vers eux, les deux hommes se lèvent et viennent me parler. Après quelques instants, ils me tendent une chaise et nous discutons tranquillement.

Les deux hommes sont Maliens. Ils vivent en France depuis 7 et 8 ans. Ils travaillent pour cette entreprise depuis 4 et 5 ans. Oui oui, ils me l'ont bien confirmé, ils ont bien depuis cette date des fiches de paie, ils cotisent à la Sécu, ils paient des impôts… Ils ont une famille en France… L'un des deux m'a également raconté que son père et son grand-père avaient la nationalité française ! Le grand-père a même reçu je ne sais quelle médaille pour le féliciter de sa bravoure au combat !

Dans leur entreprise, ils sont une vingtaine à partager cette situation. Des Maliens, mais aussi des Ivoiriens, des Sénégalais, des Marocains et même deux Sri Lankais. Le chef d'entreprise était-il au courant de leur situation ? En a-t-il profité ?  Mystère… Ils ne savent pas ou ne veulent pas le dire. Ce qu'ils racontent, c'est que ce responsable s'active maintenant pour que leur sort évolue. La grève, la publicité négative, on comprend que pour un chef d'entreprise, cela incite à bouger. Il a aidé à préparer les dossiers pour la préfecture.

La situation est en train d'évoluer. Ils ont d'abord eu une APS (autorisation provisoire de séjour, si j'ai bien compris). L'un d'eux m'a montré son papier, elle prend fin le 8 mai. Les 20 salariés sont reçus en préfecture par petit groupe cette semaine. 3 cet après-midi, les autres demain, puis mercredi. Ils espèrent, comme les salariés du Café de la Jatte ces derniers jours, obtenir au moins une autorisation de 3 mois, qui se transformerait en autorisation d'un an par la suite.

Vous ne me verrez pas me lancer dans de grandes considérations générales, du style "régularisation pour tous"… Les généralités ne font pas partie de mon mode de fonctionnement.
Je ne réagis qu'en fonction de ce que je vois, de ce qui me touche. Les hommes plutôt que les idées. Et là, j'ai vu des hommes qui ont une vie en France, depuis plus de 5 ans. Ils travaillent, paient des impôts, des charges sociales… Et pourtant, ils n'ont pas officiellement le droit d'exister dans ce pays. A tout moment, une décision administrative peut les renvoyer dans un pays qu'ils ont fui. Qu'est-ce que ça changerait ? Pourquoi ne pourraient-ils pas rester et travailler ici ? Sont-ils dangereux ? Trichent-ils, volent-ils le travail des autres ? Non, bien sûr que non.
A mon humble avis (AMHA, comme on dit), toute autre décision qu'une régularisation de la situation actuelle serait absurde. Personne n'aurait rien à y gagner. Et qu'on ne me parle pas d'appel d'air, d'exemple pour les nouveaux arrivants, on parle ici de personnes travaillant légalement depuis plus de 5 ans !
Ce cas rejoint d'autres que j'avais déjà constatés sur Colombes. Par exemple cette famille, dont l'enfant est scolarisé avec ma fille. Ses parents sont en France depuis près de 10 ans, l'enfant est né en France, il a toujours été scolarisé depuis 3 ans (il finit sa maternelle) à Colombes. La famille répond aux critères de régularisation de la circulaire "Sarkozy" (du nom du ministre de l'intérieur de l'époque, tombé dans l'anonymat depuis) de l'été 2006. Elle a d'ailleurs déposé des dossiers (je suis témoins, j'ai vu les papiers). Depuis, curieusement, la préfecture n'a pas donné de réponse. 2 ans pour étudier un dossier, c'est un peu longuet, non ? En fait, la famille n'est pas expulsable (enfant né en France). Mais, sans le dire, "on" fait traîner les choses. Le but étant de décourager. La famille ne peut travailler qu'au noir, ce qui limite forcément les possibilités. "On" se dit sans doute qu'ainsi, la famille ne va pas s'en sortir et va renoncer et rentrer dans son pays. Mais pourquoi ? Que pourraient-ils trouver dans un pays que la misère leur a fait fuir il y a 10 ans ? C'est stupide ! A moins que ce ne soit qu'une histoire de chiffres ou de statistiques. On ne peut légaliser tous ceux qui remplissent pourtant les conditions car le nombre serait trop important et ferait tâche par rapport à l'air méchant qu'on (toujours ce satané "on") essaie de prendre vis-à-vis des nouveaux arrivants. Tant pis pour ceux qui subissent ces règles absurdes, ils ne sont que des pions vis-à-vis de l'étranger… :-(

PS : L'autre jour, on entendait la chanson "expulsez-moi", des Têtes Raides (on peut
l'écouter ici). Ma fille de 8 ans m'a alors demandé ce que ça voulait dire. J'ai commencé par contourner le problème en parlant de foot, puis j'ai mis les pieds dans le plat.  Je lui ai parlé de ces gens qui fuient la misère pour s'installer en France alors qu'ils n'en ont pas officiellement le droit… C'était un bon exercice, d'expliquer ça à un enfant, d'affronter une logique enfantine… Il a des enfants Hortefeux ? :-)

PPS : Oui, je sais, j'ai été super-long !

PPPS : J'ai piqué la photo sur
le site des Verts de Colombes.

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